Récit · MMXXVI
Premier récit de Luc Radola
Disponible maintenant

Perdre son père.

« Personne ne souffre de l'insignifiant. Alors, je préfère mille fois souffrir, c'est la contrepartie des souvenirs… »

Couverture du livre Perdre Son Père, Édition Standard
Visuels non-contractuels
Faire défiler
Les premières pages, offertes

Lire l'avant-propos
et le prologue

L'intégralité des deux premiers textes du livre, en lecture libre. Tournez les pages comme dans un vrai livre.

Avant-propos

Ma mère s’est endormie un banal matin d’hiver. Dehors, il faisait froid et humide. Le ciel gris du Pas-de-Calais est le décor de son dernier souffle, de son dernier battement de cœur. Elle était très malade, mes deux sœurs, mon frère et moi le savions. Depuis presque dix ans. Et pourtant elle n’allait pas si mal dernièrement. Au repos total, très limitée dans ses capacités, son cœur tenait bon. Pendant près d’une décennie, chaque jour a été le dernier. Jusqu’à ce début de février. Un matin qui bizarrement est devenu le premier d’une longue série sans elle. Sans son humour parfois grinçant, sans son amour souvent débordant, sans son franc parler toujours stupéfiant, sans sa compréhension de tout souvent désarmante. Je n’ai désormais plus d’urgence. Elle ne lira pas ce texte, qui est pourtant aussi pour elle. Je suis libéré de son jugement, de sa bienveillance. Je le suis surtout de ma retenue vis-à-vis d’elle, après l’avoir été de celle que je dois à mon père.

Ma dette de pudeur est épongée. Elle s’est éteinte quand ils se sont retirés de ma vie.

Je vais pouvoir désormais écrire, dire ce que je ressens, sans limite ni restrictions, donner ma version des faits, sans crainte ni inquiétude. Pour ce qui est des regrets, en revanche … Ils sont là, bien présents.

Ils ne sont pas fondamentaux, n’empêchent pas. J’ai été, il me semble, un bon fils. J’ai commis des erreurs, des maladresses … J’ai connu des emportements, des colères, des peines … J’ai surtout aussi beaucoup gardé, caché, minimisé, simplifié, banalisé.

Ecrire est devenu une évidence, parce que dire est encore trop difficile, trop indécent. Ce que je raconte, mes parents auraient pu le lire. Probablement, ils auraient même dû. Trop tard. Un trop tard volontaire, programmé, prémédité. J’aime à penser que, quelque part, ils lisent ce que je couche sur le papier. Je l’espère même. Soumettre ses pensées intimes sans attendre ni voir les réactions du public concerné, c’est tellement plus confortable … et un peu lâche. Il y a de cela dans ma démarche. Je l’avoue. Je l’accepte. Parce qu’il y a aussi une volonté d’honnêteté profonde, qui, si elle arrive trop tard, arrive quand même …

Ce que je vais raconter n’est pas une biographie de mon père. Même s’il en reprend des éléments, ce texte parle en réalité d’autres choses : ma relation avec lui, comment j’ai subi, supporté sa mort, mon deuil. Je ne parle que de moi.

Mes parents pourraient ne pas être d’accord sur certains points, ils en auraient le droit. Peu importe, car ils n’ont pas d’interaction avec mon deuil. Ce dernier ne concerne que moi. Les défunts n’exercent aucune influence directe dessus. Cela ne touche que celui qui perd, pas celui qui est perdu. Ils n’ont plus le droit à la parole.

J’ai connu la moitié de la vie de mon père. On s’est croisé, on a interagi, on s’est éloigné, puis retrouvé. Notre histoire a été magnifique, parce que lui l’était. Une relation compliquée, incomplète, imparfaite … et finalement … parfaite.

Ma mère traverse le récit, elle est bien là. Le focus n’est pas sur elle, pourtant elle est omniprésente, incandescente. Elle brille sur chaque plan de ma mémoire.

Mes parents m’ont façonné, éduqué, montré, inspiré. Puis leur départ a rabattu les cartes. Je ne suis plus le même. C’est dur, violent, brutal, douloureux.

Affreusement douloureux.

Et pourtant j’étais prêt. Ils y ont veillé.

La vie est un roman. Ce que je raconte est vrai. Ou pas. Même honnête, un filtre de perception, d’interprétation, vient toujours pervertir une recherche de vérité. C’est inhérent à l’écriture. Est-ce vraiment important ? La vérité d’un individu est-elle la réalité ? Ou une version de l’histoire contredite par tous les autres protagonistes, tous les autres points de vue. Je ne sais pas.

L’humour de mon père me manque.

La sensibilité parfois bien cachée de ma mère, aussi.

Tout ça, c’est d’abord et surtout pour vous.

à ma mère,
à mon père,
et à tous les autres qui passent, imprimé sur ces pages
pour l’éternité. La famille.

Prologue

La bruine fait luire les sols. Tout semble gras, poisseux. Le rail, rouillé sur les côtés, propre et poli sur le dessus, repose sur des traverses goudronnées. Leur bois imbibé de pétrole leur donne cette couleur sombre. Ils sont désormais quasi-immortels, mais le prix à payer, la perte de toute vie, est exorbitant. La surface minérale sur laquelle ce chemin tracé repose absorbe le surplus d’eau.

Au début, une légère vibration met les molécules de pluie en mouvement, elles frémissent mais il ne fait pas si froid. Le tremblement s’intensifie, un grondement sourd monte, d’abord discret, il gagne en puissance. Maintenant il s’impose aux oreilles, il écrase tous les bruits de la nature, même le silence ne s’entend plus.

L’air est contracté, réchauffé. La masse métallique qui emprunte le rail avance inexorablement. Rien ne peut contrecarrer sa marche en avant. Il ne choisit pas son chemin. La locomotive semble hors d’âge, provenir de la nuit des temps. C’est un énorme monstre de fer et d’acier de couleur sombre indéterminée, un cylindre horizontal surmonté de trois autres plus petits, de tailles différentes, verticaux, en guise de cheminées. L’avant, équipé de deux plots saillants et rouillés, semblent promis à la collision inéluctable, avec une borne marquant la fin de la voie ? Les roues reliées par des tiges sont de la même couleur terne. La cabine du mécanicien, petite à l’arrière, abrite le responsable de la vitesse et du sifflet. Le trajet n’est pas de son ressort. L’engin massif forme un tout, animal mythologique ou chimère de cauchemar, dont les viscères brulants laissent échapper une épaisse fumée blanche. La cheminée crache, ses flancs suintent de vapeur.

Le wagon suivant est plein de charbon extrait des profondeurs de la terre par les mineurs, au péril de leur vie. Pour beaucoup, au prix le plus fort. Mes grands-pères sont morts silicosés. Leur parents, mineurs, ont aussi versé leur impôt sur le droit de piocher et respirer dans les entrailles du sous-sol l’air vicié et chargé de particules cancérigènes dans le but ultime d’assurer une vie d’efforts et de sacrifices à leur famille. Ces pierres noires font avancer les existences, en stoppent certaines. La houille fait rouler le convoi et se paye en vies de souffrance.

Ensuite les wagons de passagers… Des familles regroupées, qui se croisent, se mélangent, se séparent. Au gré des histoires, des arrêts en gare.

La modernité côtoie les vieilles voitures, certaines sont luxueuses, dignes de l’Orient-Express, d’autres sont plus simples. Des tags sur certaines, juste de la rouille sur d’autres …

Le temps ne passe pas, ne s’écoule pas. C’est nous qui bougeons, nous déplaçons le long d’une flèche qui semble sans fin. Un tracé solide sur lequel le train de votre vie fonce, bolide à grande vitesse qui ne maitrise rien, ni la trajectoire, ni la vélocité.

Nous sommes des voyageurs impuissants qui observons le paysage. Une jolie église nous frappe, un décor imprime un peu plus notre rétine. Avons-nous ralenti ? Parfois le train s’arrête en gare. Un voyageur descend. Nous ne le reverrons plus. Et puis un nouveau passager monte. On le chéri, il grandit. Nous espérons plus que tout quitter le voyage avant lui.

Quand je suis monté, mes parents, mon frère et mes sœurs, la plus-part de ma famille y était déjà. Certains depuis longtemps. Ma grande sœur Christine est déjà une adolescente calme et studieuse de treize ans. Ma sœur Roseline est une jeune fille joyeuse et espiègle de huit ans, mon frère José, jovial et un peu têtu, sept. Je suis le petit dernier, celui qui n’était pas programmé et qu’on n’attendait pas vraiment. Chaque membre du cercle familial m’a accueilli dans leur wagon avec bonheur. Quel a été leur histoire avant que je les rejoigne ? Je suis occupé par mon propre voyage, mon propre trajet. Je tourne la tête, parfois, je vis un bout de parcours avec l’un, avec l’autre. Nous nous croisons, plus ou moins …

J’ai rencontré mon père dans un wagon à la moitié de sa vie. Je débute seulement la mienne, nouveau passager fraichement embarqué. Qui conduit le train ? Tout un pan de sa personnalité, ce qui l’a forgé, grandi, m’est inconnu. Certains de ses proches sont déjà descendus. En bout de course, de parcours, ou expulsé par un contrôleur zélé ? Comment savoir ? Je suis trop petit encore pour poser des questions. Les poserais-je quand je serais en âge de le faire, ou serais-je obnubilé par mon propre destin ?

Joseph, nommé comme son propre père, nait en mille neuf cent trente-trois. Il est monté dans le train un mardi. C’est un beau bébé né à Noyelles-Godault qui fait la joie de Rose, sa mère. Il n’est pas encore mon père.

Il se marie avec Thérèse en mille neuf cent cinquante-sept. Ils ont fait dès lors cabine commune. C’était un samedi. Les familles de mes parents ont connu le même destin migratoire. Des Polonais qui cherchent des vies meilleures, et quittent un pays incertain aux frontières fluctuantes. Un passage par la Westphalie, région d’Allemagne où l’industrie et la mine sont le décor gris et sale des vies ouvrières. Une première guerre mondiale rebat les cartes, obligent les déracinés à de nouveau chercher un foyer plus accueillant. Le nord de la France leur ouvre les bras dans les années trente. La famille de mon père baigne dans une tradition communiste, héritée de la proximité soviétique de leur pays d’origine, où les valeurs et les coutumes polonaises sont entretenues et respectées. Celle de ma mère, plutôt catholique pratiquante (mais à la croyance aléatoire, en ce qui concerne mes grands-parents en tout cas), perpétuent les traditions avec un amour nostalgique de leur nation si souvent martyrisée par la grande histoire européenne. Les deux wagons font désormais cause commune, se mélangent, se découvrent, s’acceptent, se complètent. La famille s’agrandie, élargie ses horizons.

Un dimanche bien triste, Joseph voit son père descendre du train. Il a vingt-six ans, son paternel à peine cinquante. On est en mille neuf cent cinquante-neuf. Les poumons de mon grand-père, tapissé des particules offertes par son dur labeur, ne lui permettent pas de poursuivre le chemin. Il a contribué au voyage, il est consommé par celui-ci. L’ironie de la situation échappe aux cœurs tristes des voyageurs occupés par les « au revoir » de circonstance.

Cinq années. C’est en mille neuf cent soixante-quatre que Rose, la mère de Joseph, retrouve son mari sur le quai d’une gare de campagne. Le temps semble figé, le ciel est bleu, juste quelques nuages blancs qui dessinent des arabesques artistiques au-dessus du café de la gare. Attablés sur la terrasse, les yeux dans les yeux, après ces quelques années de séparation, ils sirotent une boisson chaude en se caressant le dessus de la main. Joseph (père) respire bien maintenant. Descendre du convoi lui a fait grand bien. Voient-ils leur fils les saluer, à la fenêtre du wagon qui déjà s’éloigne, les yeux pleins de larmes…

Je suis le quatrième enfant de mes parents.

Qui était mon père à chaque étape de sa vie ?

Chaque arrêt en gare est une souffrance. Les wagons crient, s’entrechoquent, crissent, le frottement des rails sur les roues n’est que douleur. La décélération presse les cœurs, les ventres. Chacun observe autour de lui, anxieux. Quelqu’un va partir ? Arriver ? Les passagers sont modifiés en profondeur. Une nouvelle vie va commencer, une nouvelle organisation du quotidien à retrouver. Certains abandonnent ou oublient des bagages. Il faut faire avec, les emporter avec soi, les assumer. Leur poids s’ajoute aux nôtres.

C’est toujours un cataclysme. Mon père en a vécu de nombreux avant mon embarquement. Il a été changé, endurci. Il a perdu des batailles, des bouts de lui … Que reste-t-il de lui quand nous nous rencontrons ? Que manque-t-il à cet homme que j’ai connu sur le tard, déjà vieux …

Chacun de nous a mille vies. Chaque étape, entre chaque arrêt en gare, est une vie à part entière. Avec ses protagonistes, ses règles, ses amitiés, ses amours, ses équilibres, ses joies, ses peines … A chaque fois, on remet les compteurs à zéro. On effectue une mise à jour complète, qui annule et remplace la précédente. Chaque version de soi-même est perdue pour qui n’était pas présent, proche.

Le chemin est long, chaotique, incertain, personne n’arrive au bout de la ligne. Juste des portions partagées, plus ou moins longues.

Je monte dans le train un mardi, comme mon père. Il a quarante ans et il a déjà vécu, beaucoup. Je vais parler de la moitié de la vie de l’homme le plus important de la mienne … et puis il descendra du train …

La suite du récit, les trois parties du livre, vous attend dans l'Édition Standard.

Portrait de Luc Radola, auteur de Perdre son père
L'auteur

Luc Radola

Originaire de Courcelles-Lès-Lens, dans le Pas-de-Calais, Luc Radola a d'abord mené une carrière dans le commerce (distribution) puis dans l'immobilier. Depuis 2024, il se consacre à l'écriture.

Il vit aujourd'hui à L'Isle d'Abeau, en Isère, où il devient auteur indépendant en 2025. Marié et père de deux enfants, il signe avec Perdre son père son tout premier livre, un récit intime, lucide et profondément humain.

Lire et écrire sont les deux piliers de mon équilibre.

Découvrir le livre →
Note de l'auteur

J'ai essayé de dessiner avec émotion et délicatesse la relation complexe et intime entre un père et son fils, tout en mettant en lumière le jeu subtil de la mémoire, la conscience du temps qui passe et finit par s'enfuir…

L'objectif était d'écrire avec tendresse, honnêteté et lucidité, une histoire qui touche à l'essentiel : ce qui nous lie, ce qui nous échappe et la manière dont chacun affronte l'inéluctable.

Des thématiques universelles et poignantes traversent mon récit : la transmission entre les générations, les silences, les héritages invisibles, les bouleversements liés au vieillissement.

Ces sujets résonnent en chacun de nous, nous rappellent la fragilité des liens et la force des souvenirs…

Luc Radola
Chez nos partenaires

Où trouver le livre

En plus de la commande en ligne, l'Édition Standard est disponible chez ces commerçants du Nord-Isère.

Maison de la presse

Mag Presse

Galerie marchande C.C. Carrefour
25, rue des Sayes
38080 L'Isle-d'Abeau
Voir sur la carte

Aucun point de vente près de chez vous ? Commandez le livre en ligne, expédition sous 48 heures. Vous tenez un commerce et souhaitez proposer le livre ? Écrivez à Luc.

En vente maintenant

Recevoir le livre
chez soi

Le livre est disponible maintenant. Deux éditions au choix, avec dédicace personnalisée pour l'édition papier.

20,00 €
Édition Standard
avec dédicace + marque-page série limitée
Manuscrite par l'auteur. Laissez vide pour une dédicace simple.

Frais de port et d'emballage : 4,99 € · quel que soit le nombre de livres commandés.
Paiement sécurisé.

Couverture du livre Perdre Son Père, Édition Standard
Visuels non-contractuels
Ils ont lu le livre

Les premiers lecteurs

Retrouvez d'autres avis lecteurs sur Trustpilot →

Vous êtes journaliste, libraire ou médiathèque ? Consultez l'espace presse →

Le livre en images

Il part en vacances

Le livre se glisse partout : dans un panier de plage, un sac à dos, le panier d'un vélo. Voici où il s'est promené cet été.

Voir tous les visuels